Les urgences

Hier soir, je souffrais de douleurs abdominales à un point tel que je ne pouvais plus bouger et que j'en pleurais. Au bout d'un moment, comme ça ne passait pas et que ça finissait par se localiser du côté droit, nous (enfin, Romain) avons appelé S.O.S Médecins. Le médecin est arrivé rapidement et m'a examiné. Dans le doute, il a fini par appeler une ambulance pour cause de "symptômes appendiculaires". Les brancardiers forts, beaux, virils, avec des poils m'ont amené aux urgences avec sirène et brancards (j'ai pensé que c'était légèrement exagéré sur le moment, étant donnée que mes douleurs avaient fini par s'apaiser quelque peu)

On m'a transporté jusqu'à l'accueil des urgences vers 21h, et là j'ai entendu des gens qui se plaignaient - "ça fait une heure et quart qu'on attend!" - et des infirmiers qui parlaient à des personnes agées comme à des gosses sans vraiment les voir, j'ai vu des gens qui me regardaient comme une curiosité, et surtout, surtout, j'ai senti l'infame odeur des hôpitaux. J'ai pensé à ma mère, au fait qu'il ne fallait pas la prévenir tant qu'on ne savait pas ce que j'avais. Sa fille dans un hôpital et qui plus est, aux urgences, ça l'aurait paniquée en deux secondes.

J'ai attendu environ 10 minutes dans ce couloir, j'ai vu d'autres personnes dans des brancards venir après moi, on nous rangeait en file indienne. On m'a changé de brancard (chose que j'ai bien regretté par la suite, car celui des ambulanciers était bien plus confortable, celui de l'hôpital était dur avec un simple drap)

Ensuite, on m'a amené dans un autre couloir où je devais attendre qu'on m'examine. A partir de ce moment, a débuté la looongue nuit.
Les brancards étaient rangés par ordre de priorité, les cas les plus graves passant directement devant tout le monde. Souffrant de moins en moins et reprenant de la couleur, on m'a placé en fin de file. Dans ce couloir, sentant les excréments, le sang, le renfermé et toujours l'abominable odeur des hôpitaux, il y avait essentiellement des personnes agées placées sous perfusion (un papy s'y trouvait seulement parce qu'il avait sauté un repas !), certaines étaient connues du personnel hospitalier, leur maison de repos ayant vite tendance à appeler l'ambulance. Au fil de la nuit, j'ai vu des SDF bouffis par l'alcool (qui "puaient le renard" selon l'expression d'un des infirmiers), des personnes suicidaires dont une jeune fille de 15 ans avec qui j'ai discuté un petit moment (là pour avoir ingurgité quantités de médicaments), et un délinquant menotté qu'on soupçonnait d'être shooté à l'héroïne.

Romain m'a tenu la main et est resté près de moi, il a discuté pendant un long moment avec l'accompagnatrice d'un homme qui avait tenté de mettre fin à ses jours en ingurgitant lui aussi des médicaments. Cet homme, a tout d'abord été envoyé aux urgences d'un autre hôpital (situé à l'autre bout de Bordeaux) et a atteri ici car le personnel était trop surchargé. Quand nous sommes arrivé, cet homme attendait depuis déjà deux heures, il risquait de faire une crise cardiaque d'un moment à l'autre et personne ne semblait se soucier de cela. En effet, il paraissait costaud, robuste et dormait... mais deux heures tout de même !

J'ai vu des personnes agées faire leurs besoins dans des bassins, et ce, devant tout le monde (ou sur elles) (d'où l'odeur assez infecte qui reignait dans le couloir) et elles étaient toutes pratiquement à moitié dénudées. Les chemises d'hôpital (en tout cas, de cet hôpital) n'ont que deux boutons au col et deux autres situés un peu en dessous de l'aisselle ce qui laisse facilement voir toute une partie de votre dos, vos fesses et vos jambes si vous n'y prenez pas garde !
Au bout d'un moment, j'ai essayé de me lever pour aller faire un tour et ô miracle, je pouvais marcher. Je suis donc sortie faire un tour à l'air libre (on ne m'avait pas encore demandé de porter une "robe" d'hôpital) et j'ai d'ailleurs pu sortir sans problème à mon grand étonnement. Je devais paraître en bonne santé et avoir l'air saine d'esprit.
Je suis ensuite retournée à mon brancard. Là j'ai du me coltiner pendant DEUX HEURES un vieux facho qui délirait, qui répétait sans cesse les mêmes choses, qui était pratiquement à poil et qui gueulait contre les infirmiers.

Un petit point positif dans cet univers sentant bien la misère humaine, loin des plateaux de la série "Urgences" où jamais vous ne verrez Georges Clooney ramasser du vomi par terre (ça casserait le sex symbol et ferait baisser l'audimat, car on veut du réalisme, mais pas trop): une bombe désodorisante ! Celle-ci avait été trouvée par l'accompagnatrice avec laquelle nous avions sympathisé qui nous l'a ensuité donné (oui, notre coin puait plus que le sien)

J'ai été parfois sidérée par le manque de communication des infirmiers et du personnel en général qui allait et venait sans réellement se soucier de tous ces gens qui s'entassaient dans un couloir. Certains faisaient parfois semblant d'écouter les petits vieux en souriant et en disant "mais oui, mais oui". A un moment, Romain a demandé si on pouvait me donner quelque chose pour mon ventre (à tout hasard), une infirmière a commencé sa phrase en disant "ah mais NON NON..." et nous a brusquement tourné le dos pour aller discuter avec sa collègue !

Nous avons patienté ainsi jusqu'à minuit... à ce moment là, l'homme ayant ingurgité des médicaments a "enfin" été amené pour se faire examiner après que sa gentille accompagnatrice ait fini par aller crier après un médecin (on lui avait auparavant rétorqué qu'il y avait seulement deux médecins et trois infimiers de garde et que si on n'était pas content, il fallait écrire) Cet homme a donc du attendre six heures si je calcule bien pour qu'on le soigne.

Il faut préciser que nous étions dans une situation relativement normale, pas un soir de noël, un soir normal (c'est une infirmière qui me l'a dit quand j'ai fini par poser la question "c'est tout le temps comme ça?"

Vers une heure du mat', on m'a demandé de mettre la jolie robe sexy des hôpitaux, et on m'a envoyé pour cela dans une salle de consultation. Cette salle, pleine de matériel médical, était carrelée, et on pouvait voir des traces de sang et de saletés ça et là... *glauque*. Je me suis changée en quatrieme vitesse et là, un médecin est arrivé, m'a examiné, m'a dit que ça n'était pas l'appendicite mais plutôt des restes d'une gastro et que je pouvais rentrer chez moi. Tout cela, en 1/4 d'heure ! IL suffisait d'un malheureux quart d'heure pour arriver à cette conclusion si bête, qui m'a fait réaliser qu'on avait peut-être perdu notre temps (enfin, il valait mieux être surs) et que j'avais surtout creusé un peu plus le trou de la sécu (67 euros de médecin, 50 euros l'ambulance (cette dernière somme était-elle comprise dans les frais du médecin car on ne m'a pas demandé ma carte bleue la seconde fois, mais seulement la carte vitale ?)).

... La première chose que j'ai faite en rentrant, c'est prendre une douche. Je me sentais sale, je voulais me débarrasser de l'odeur infecte du couloir et surtout dormir.

Je salue le dur métier d'infirmier et de médecin des urgences, je serais incapable de faire ce qu'ils font, d'être confrontée tous les jours à un manque de personnel et de devoir voir ce qu'ils voient, càd l'humain qui souffre. Cependant, j'ai juste envie de dire: restez humains, ne soyez pas des machines qui passent et qui repassent sans regarder autrui, restez à l'écoute même si c'est dur, parce que ce soir là, nonobstant les conditions de confort assez spartiates voire quasi inexistantes et la confrontation avec la souffrance des autres, c'est surtout la communication et la chaleur humaine qui a manqué.

3 Responses to “Les urgences”


  • Laïfe iz Laïfe.

    On n’y peut rien, il faut faire « avec ». J’y pense, car j’ai une copine aide-soignante. Quand elle t’explique, pourquoi, elle, tourne le dos de façon systématique, j’ai plus de compassion pour elle que les patients.

    Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Il y a des cons dans le corps médiacal, certes, mais alors chez les patients… Enfin, j’apprends rien là, je me doute.

    On doit vivre avec ça, cette misère omniprésente, c’est dur à encaisser, pourtant, c’est le cas. Et qui sait, peut-être que dans quelques années, on n’en sera réduit, nous aussi, à vagabonder de la sorte et chercher, en vain, un moyen d’échapper à tout ça :/

    Shmolt

  • Sinon, y’avait quoi de prévu au menu pour cette soirée ? :D
  • Pour ma part, si je n’avais pas été aux urgences, je pense que j’aurais pris un petit thé à la menthe comme simple repas étant donnée que je n’avais plus d’appêtit jusqu’à aujourd’hui et que la seule chose que je pouvais ingurgiter c’etait du thé.

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Bear